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samedi 8 mars 2014

Enfin !


La persévérance porte ses fruits : j'ai enfin trouvé une édition du "Survenant" ! J'avais déjà lu "En pleine terre" (clic) et je vais donc pouvoir découvrir la suite. Il ne faut jamais renoncer...
Très bonne semaine à tous !

dimanche 2 mars 2014

Un peu de lecture...




Grâce à Marie-Josée, du blog "Petits essais en forme de notules" (clic), j'ai découvert avec grand intérêt ce roman de Gabrielle Roy. J'ai aimé la précision des descriptions, une véritable orfèvrerie littéraire, qui permet au lecteur non seulement de se représenter mentalement le cadre spatio-temporel et l'ambiance de chaque scène, mais aussi de goûter au plaisir des mots. J'ai été séduite par la complexité des caractères et des sentiments des personnages, leur cohérence, leur pudeur, leur délicatesse au milieu des épreuves qu'ils traversaient. Un autre personnage se découvre peu à peu jusqu'à prendre une importance déterminante : il s'agit de la seconde guerre mondiale. De l'idée à la réalité qui engage, le processus est décrit avec exactitude.  "Bonheur d'occasion" me donne envie de lire d'autres ouvrages de Gabrielle Roy. J'espère qu'il en sera de même pour vous.


PS pour Marie-Josée : depuis des mois, j'essaie de trouver "Le survenant" de Germaine Guèvremont, sans succès ; mais je ne renonce pas...













Dans un tout autre genre, voici le dernier roman de Philippe Sollers. La source ne s'est pas tarie. Egal à lui-même, il va à l'essentiel, il est caustique et, à sa lecture, le lecteur peut se réveiller, élaguer les scories de la folie du monde, chercher, grâce, par exemple, à Saint-Simon, Lautréamont, la philosophie chinoise, la poésie, à conduire sa vie en "contre-folie". Excellents conseils. Sollers analyse avec discernement l'évolution de la société contemporaine. Tout ce qui se rapporte à la Science m'a particulièrement touchée. Tout ce qui se rapporte au marché de l'art contemporain me paraît plutôt juste, mais - est-ce là naïveté de ma part ? - je persiste à penser que le marché de l'art n'est pas l'art, qu'il existe encore des artistes qui ont quelque chose à dire, à montrer, et que de rares mécènes éclairés peuvent les y aider. Cette parenthèse refermée, j'ajouterais que Sollers a aussi de belles phrases concernant Venise. "Médium" est un livre vigoureux, qui engage à se tenir debout. C'est rare. Ne laissons pas passer l'occasion !




dimanche 1 décembre 2013

Marie lisant

Un clin d'œil à Danielle (clic) et à Martine (clic) et, aujourd'hui, j'ai choisi deux œuvres qui montrent Marie toute jeune en train de lire en compagnie de sa mère.
La première image est une sculpture de l'église de Saint-Cyr en Limousin :



Voici maintenant un tableau photographié à Venise, dans l'église San Felice :


Bon dimanche à tous ceux qui aiment lire !

mercredi 19 juin 2013

Un peu de lecture...


Récemment, grâce à Marie-Josée du blog "Petits essais en forme de notules" (lire sa publication du vendredi 3 mai 2013), j'ai découvert et tout de suite aimé cette oeuvre de Germaine Guèvremont. Pourquoi cet attrait immédiat ?
D'abord pour la sensualité de l'écriture : on est plongé dans une nature d'une beauté grandiose que l'homme doit parfois affronter mais qui peut se révéler sublime et, cette nature, on la respire, on la vit, il nous est donné de l'imaginer par tous nos sens.
Ensuite, pour l'impression d'une familiarité que je qualifierais de "voisine": les caractères forts, les passions retenues et silencieuses, le courage, la vie quotidienne à la campagne, n'étaient pas si différents au Canada et en France, si ce n'est par des conditions climatiques contrastées, intenses, et des espaces bien plus grands au Canada.
J'ai beaucoup aimé certaines expressions pour leur couleur poétique, leur originalité, leur humour parfois. Par exemple, j'adore le mot "contraireux" et je vais certainement l'intégrer à mon vocabulaire personnel. Un contraireux, nous en connaissons tous et nous en sommes aussi, de temps en temps. Il s'agit d'une personne au caractère bien trempé, à laquelle on n'ose suggérer une nouvelle idée qu'avec d'infinies précautions, de la subtilité, sous peine d'obtenir l'effet inverse de celui souhaité, tant cette personne s'ingénie à vous contredire, pour le principe ou de manière aussi inconsciente, cette contradiction pouvant être inhérente à sa personnalité.
J'aime aussi "à la brunante" (à la nuit tombante), un "quêteux" (un mendiant, avec une nuance liée à la religion, comme la différence entre la charité et la solidarité, par exemple), et  bien d'autres expressions encore que chacun doit avoir le plaisir de découvrir et de s'approprier.
Un lexique à la fin du livre explique sobrement le vocabulaire sur lequel on peut s'interroger, bien que le contexte permette de comprendre la plupart des mots.
Cependant, j'ai encore quelques questions, que voici :
  • Qu'est-ce que "les tartes à Lafayette"?
  • Le verbe "greyer" (préparer, équiper), viendrait-il du mot "gréer"?
Pas un mot de trop, pas un qui manque ou qui soit équivoque : une écriture serrée, tenue, vigoureuse et fière, comme celle de Germaine Guèvremont, sont de celles que j'apprécie.
J'ai hâte à présent de lire "Le survenant". J'ai insisté auprès de mon libraire de Limoges pour qu'il me le procure.
Marie-Josée m'informe du fait qu'on peut trouver cet ouvrage à la Librairie du Québec, à Paris. Je n'hésiterai donc pas à solliciter ses libraires si besoin.
 
En attendant sa réponse, j'ai commencé (et presque terminé) :
 
 
Il s'agit d'une biographie où l'Histoire tient une large place - impossible de la séparer de De Gaulle - mais c'est Philippe Le Guillou qui l'a écrite, autant dire que ce livre est passionnant, bouleversant, avec des pensées philosophiques profondes et vraies, et qu'un élan, un souffle maîtrisé - donc plus fort et plus durable - porte l'écriture.
 
 
 

jeudi 29 décembre 2011

Merci à Lorenzo

Il m'a fallu un délai d'un mois pour obtenir en librairie le livre de Lorenzo, mais vous imaginez ma joie lorsque je suis allée le chercher à Limoges. J'ai d'abord lu quelques lignes qui m'ont enchantée puis j'ai décidé d'attendre encore afin d'être au calme et d'avoir l'esprit entièrement disponible pour cette lecture vénitienne que je devinais pleine de délicatesse.
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Lorenzo nous parle de "sa" Venise au travers de souvenirs personnels, de courts récits de fiction. Il nous propose en quelque sorte un journal d'écrivain qui nous semble proche, tant ses descriptions de Venise en restituent avec précision l'esprit, l'ambiance, enfin tout ce qui n'appartient qu'à elle et en fait la Sérénissime si bien nommée. A travers ses évocations, nous suivons Lorenzo dans ses itinéraires et nous les vivons en même temps que nous les lisons.
De temps en temps, je m'arrête et je laisse dériver mes propres souvenirs, mes merveilleuses images du bonheur à Venise. C'est aussi un des charmes de la lecture de ce livre.
Merci, Lorenzo !

lundi 28 mars 2011

Un peu de lecture...

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J'ai commencé ce livre hier et déjà, j'ai envie de vous en parler. Il s'agit d'une histoire étrange et mystérieuse dans laquelle le personnage principal est confronté à une machination ourdie par des ennemis à la fois connus et inconnus qui veulent lui dérober un secret. Il refuse de le leur livrer afin de préserver sa vie. Le doute est constant et s'insinue autant dans l'esprit du lecteur que dans celui de Franco Pisani, le héros de cette histoire trouble qui se passe à Venise, au palais Zorzi, sur les Zattere et dans maints autres endroits qu'on éprouve un immense plaisir à reconnaître au travers des descriptions ciselées comme une très belle pièce d'orfèvrerie. Je ne vous en dis pas davantage, sinon que c'est passionnant !
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dimanche 6 février 2011

Encore un livre...

...que je dédie à Astheval et à tous ceux qui aiment les animaux et l'art.
Cet ouvrage est resté longtemps épuisé mais, heureusement, il vient d'être édité à nouveau.

samedi 5 février 2011

Mes lectures

Merci à Norma de m'avoir citée pour ce petit jeu des lecteurs. Je lui dédie le livre de François Cheng, ainsi que ceux de Chaïm Potok, Boris Cyrulnik et Sanfourche.
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Certaines de ces lectures sont récentes, d'autres moins mais elles m'ont paru importantes à citer.
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Je dédie aussi le livre de François Cheng à Linda, Sapphire et Roger. 
Celui de Cueco est pour Totirakapon.
Le livre de Philippe Delerm est pour Martine, Elfi, Michelaise, Fausto, Lorenzo, Béatrice, Gwendoline, Louise, Evelyne, Odile, Miss Lemon, Maïté.
"Graphic" est dédié à AnnaLivia, Thomas, Edmea, Emilia, Karine et Caroline.
Le dernier Sollers est pour Danielle et Danielle.
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Enfin, pour tous mes lecteurs, je signale que "Lucilie bouchère" est un recueil de poèmes publié par Thomas, plasticien, poète et écrivain, dont vous pouvez consulter le blog en regardant à gauche de ma page.
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Bonne lecture à tous !










mardi 7 décembre 2010

Je l'ai terminé la semaine dernière...


Il s'agit de mon dernier livre, une histoire improbable de parfum et de science que je me suis beaucoup amusée à écrire.
Impression au format A6, reliure collée, couverture en papier photo.

vendredi 29 octobre 2010

Prochainement, sur ce blog...

... aura lieu l'ouverture d'un "club de lecture", ébauche modifiable au cours du temps (forme, fréquence, etc...).
Je pense commencer par une publication au cours de laquelle je vous présenterai un livre et je vous propose de publier sur votre propre blog, si vous le souhaitez, votre avis sur le même livre ou encore:
  • votre opinion sur un livre du même auteur ;
  • vos réflexions à partir d'une citation de l'écrivain ;
  • les références de votre blog ou celles d'un article que vous auriez déjà publié sur le même sujet ou sur un sujet analogue ;
  • une illustration vous paraissant s'accorder au livre.

Je vous propose aussi d'utiliser le code suivant dans le titre de chacune de nos publications :

Club de lecture - n1 - n2

n1 représenterait le numéro de la publication de départ et n2 correspondrait à une publication en rapport avec elle, car il pourrait y avoir plusieurs publications d'une même personne en réponse à d'autres (hors du champ réduit des commentaires) et ce serait ensuite plus facile pour rechercher un ancien article dans nos blogs respectifs. Si vous avez une autre idée d'organisation, elle est la bienvenue.

Permettez-moi encore deux suggestions : que les nouvelles publications de départ ne soient pas systématiquement présentées sur mon blog et que la personne qui a l'intention d'en faire une prévienne les autres avec la date et le titre du livre, afin que nous ayons tous le temps de nous procurer le livre et de le découvrir.

Voici le livre que je compte vous présenter bientôt : "C'est une chose étrange à la fin que le monde", de Jean d'Ormesson, aux éditions Robert Laffont.

Plutôt qu'une citation - comment choisir quand tout est important ? - je propose à votre initiative le titre d'un chapitre : "qu'est-ce qu'un bon livre ?" ainsi que le contenu de la page 83.

Rendez-vous le 30 novembre !

lundi 24 mai 2010

Balzac en Charente (4) : Marsac

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Voici l'avant-dernier article sur Marsac, petit village charentais où Balzac a situé une infime partie de l'action des "Illusions perdues". Après être passée devant l'église Saint Gervais - Saint Protais, fermée ce jour-là, j'ai cherché la maison d'Eve, la soeur de Lucien de Rubempré et la femme de David Séchard.
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"Et il revint à Marsac où, depuis six mois, il allait voir Eve tous les samedis soirs et la quittait le mardi matin. Bien conseillée par le vieux Séchard, Eve avait acheté, précisément en avant des vignes de son beau-père, une maison appelée la Verberie, accompagnée de trois arpents de jardin et d'un clos de vignes enclavé dans le vignoble du vieillard. Elle vivait avec sa mère et Marion très économiquement, car elle devait cinq mille francs restant à payer sur le prix de cette charmante propriété, la plus jolie de Marsac. La maison, entre cour et jardin, était bâtie en tuffeau blanc, couverte en ardoise et ornée de sculptures que la facilité de tailler le tuffeau permet de prodiguer sans trop de frais. Le joli mobilier venu d'Angoulême paraissait encore plus joli à la campagne, où personne ne déployait alors dans ces pays le moindre luxe. Devant la façade du côté du jardin, il y avait une rangée de grenadiers, d'orangers et de plantes rares..."
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La description de Balzac m'évoquait plus les propriétés des environs de Cognac ou de Barbezieux, mais j'étais à Marsac. Peut-être que cette fenêtre aurait pu appartenir à la maison d'Eve Séchard, qui sait?
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Quant à Lucien de Rubempré, lorsque, dans le dénuement, il écrit à sa soeur :
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"Si le présent est froid, nu, mesquin, l'avenir est bleu, riche et splendide."
Ne revoyait-il pas en pensée ce petit élément d'architecture ?
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vendredi 14 mai 2010

La Dame d'or (3 et fin)

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Bref, en ce début du mois de juillet, le bruit courait que la Dame d’or surgirait peut-être dans les environs de Saint Yrieix La Perche et Aurélien Despars était bien décidé à se l’approprier. Une intuition subite le conduisit à s’isoler des autres, à quitter le Lac d’Arfeuille pour se rendre au Chalard. Il descendit à un ruisseau bordé d’arbres, ôta ses bottes, entra dans l’eau malgré le froid et plongea sa batée avec une conviction que réfrénait un reste de rationalisme, comme si cette doctrine garantissait un semblant de dignité à défaut de provoquer l’enthousiasme et l’espoir sans lesquels on n’entreprendrait jamais rien. Aurélien laissa ses pensées dériver. Son regard devenu vague ne voyait ni le paysage ni le flot riant de l’onde. Seul le doux visage d’Héliodore se présentait à son esprit. Un poids inhabituel au creux de ses mains le ramena brutalement à la réalité. Il crut qu’il avait par mégarde pêché un poisson dans sa batée. Il souleva celle-ci hors de l’eau et se sentit défaillir : la Dame d’or y resplendissait.
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Le cœur battant, Aurélien saisit la pépite, jeta sa batée à côté du ruisseau et sortit de ce dernier pour s’asseoir sur l’herbe. Il tremblait d’émotion. Il sursauta soudain, car il avait froid et craignait qu’on le surprît. Il se releva prestement, se rechaussa et dissimula tant bien que mal la Dame d’or à l’intérieur de son blouson. Il remonta en hâte le chemin par lequel il était venu, grimpa dans sa voiture et démarra en trombe. Arrivé au domicile de ses parents, il prétexta un rhume pour s’enfermer dans sa chambre jusqu’au dîner. Une série d’éternuements ponctua son discours et confirma la nécessité d’une sieste. Aurélien ôta ses vêtements trempés, enfila un pyjama et s’allongea sur son lit pour contempler à loisir sa merveilleuse trouvaille qu’il avait déposée sur sa table de chevet. Un timide rayon de soleil perça la couche des nuages et, traversant les carreaux de la fenêtre, atteignit la pépite qui brilla aussitôt d’un éclat exceptionnel. La Dame d’or possédait une étrange apparence. D’un côté, elle évoquait une sculpture d’Arp et, sous un autre angle de vue, une figure de Matisse. La lumière instable de l’après-midi paraissait changer son aspect au rythme des éclaircies qui alternaient avec les averses. Aurélien se releva, ferma les volets et alluma une bougie qu’il plaça tout près de la pépite. Il l’observa, stupéfait : on aurait juré qu’elle dansait. Au bout d’un moment, à force de la fixer, il sentit ses paupières s’alourdir malgré lui et il sombra dans un profond sommeil entrecoupé de rêves.
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Le visage d’Héliodore lui apparut en songe mais une image angoissante se superposa aux traits de son amie. Une femme inconnue, entourée d’un halo scintillant, s’adressa à lui en ces termes :
« Je suis la Dame d’or. Je connais déjà tes secrets les plus intimes. Dès à présent, tu disposes de l’argent dont tu as besoin pour partir avec Héliodore en Écosse. Tout ce que vous entreprendrez au cours de l’été sera voué au succès. En échange, le dernier jour du mois d’août, tu devras répondre à ma question. Sinon, tu connaîtras un immense chagrin qui t’ôtera à jamais le goût de vivre. Tu as encore le choix de refuser ma proposition. Que décides-tu ?
— J’accepte ! Quelle est votre question ?
— D’où provient l’or véritable ? »
La lumière glacée qui émanait de l’apparition s’éteignit et Aurélien s’éveilla, en proie à un malaise diffus. Voulant regarder la pépite, il s’aperçut que celle-ci avait disparu. Il se rua hors de la chambre et interrogea ses parents qui bavardaient dans le salon. Ils avaient respecté son besoin de sommeil et à aucun moment ne l’avaient dérangé. Son air hagard prouvait son état fiévreux, il devrait consulter un médecin si… Aurélien les interrompit d’un geste et retourna dans sa chambre. Il n’était pas trop tard, il avait encore le temps de vérifier la situation de ses finances auprès de sa banque. Il téléphona à l’agence. Le directeur en personne lui confirma l’incroyable nouvelle : une charmante jeune femme blonde venait de déposer sur son compte une somme de dix mille euros. Aurélien retint un hurlement de joie.
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Dès lors, les événements s’enchaînèrent à une cadence rapide. Héliodore et Aurélien partirent ensemble et se dévoilèrent leurs sentiments respectifs. L’Écosse devint le théâtre d’une parfaite idylle. En outre, Malcolm Mac Graham, dévoré de remords, se montra ravi de retrouver sa fille et, désirant se faire pardonner son abandon, il offrit aux jeunes gens de rester le temps qu’ils souhaitaient à Dunmay Castle. Il semblait à Aurélien qu’il lui suffisait de formuler un vœu pour obtenir sa réalisation immédiate. Héliodore et lui vivaient au comble de la félicité. L’étudiant était si heureux que, vers la fin des vacances, il expliqua à Malcolm l’origine de sa chance. Lorsqu’il parla de la Dame d’or, Malcolm Mac Graham pâlit et entraîna Aurélien dans son bureau pour une discussion entre hommes. Là, il raconta comment la Dame d’or avait ruiné sa vie et quels pouvoirs maléfiques elle détenait. Tout avait commencé lorsque Kenneth Inverholm avait découvert la pépite qui brillait dans l’eau près de Goldstone Bridge. Kenneth, qui aimait Lady Mac Graham sans être payé de retour, avait supplié la fée gaélique de lui octroyer une immense fortune qui, pensait-il, lui permettrait de séduire Lady Mac Graham, de l’enlever et de la faire vivre dans un luxe tel qu’elle oublierait bien vite son mari. Mais, malgré les efforts du régisseur, la châtelaine restait indifférente. Elle ne le voyait pas plus que s’il était transparent. L’or qu’il avait amassé grâce à la pépite ne lui servait à rien. Lorsque le moment vint de répondre à la question de la fée, il resta sans voix. Alors, le jour suivant, le vent se leva et Lady Mac Graham mourut noyée au fond du Loch Abergarry. Éperdu de chagrin, Kenneth Inverholm se pendit peu après. Mais l’histoire ne s’arrêta pas là. En effet, quelques années plus tard, lui-même, Malcolm Mac Graham, découvrit la fameuse pépite à Goldstone Bridge. Il ne se méfia pas d’elle et, au lieu de la rejeter à l’eau, accepta son ignoble pacte, car il voulait impressionner la jeune photographe française dont il était amoureux. Il craignait qu’elle ne trouvât la vie trop austère à Dunmay Castle, il désirait lui offrir les fastes qui la retiendraient auprès de lui. Il n’avait su répondre à la question maudite. Sa femme décéda peu après, à la naissance d’Héliodore.
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Le passé allait-il se reproduire ? Pourquoi le sort s’acharnait-il ainsi contre lui ? Car, si Aurélien ne répondait pas convenablement à la Dame d’Or, l’innocente Héliodore mourrait. Accablé, l’étudiant réalisa avec horreur les conséquences de son imprudence. Il ne lui restait que trois jours pour trouver une solution. Il se précipita dans l’immense bibliothèque du château, consulta d’innombrables ouvrages où l’on parlait de l’énergie que dégageait l’explosion des étoiles, qui favorisait la création d’éléments lourds tels que l’or, ou encore des météorites qui auraient pu apporter l’or sur la Terre. Malgré la profusion de théories, d’informations historiques ou scientifiques, il pressentait qu’aucune de ces explications ne satisferait la Dame d’or. La dernière nuit du mois d’août, il s’endormit en proie à une angoisse extrême, mais il était résolu à échanger sa propre vie contre celle d’Héliodore.
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Dans son rêve, une lumière glaciale signala l’apparition de la Dame d’or. Elle posa sa question. Aurélien, affolé, s’apprêtait à engager des négociations maladroites. Il se concentra sur la pensée d’Héliodore et, soudain, découvrit la réponse qu’il cherchait. Il prononça la phrase qui déjouait les artifices de la mort :
« L’or véritable provient de l’amour. »
La Dame d’or disparut, entraînant avec elle tous les tourments qu’elle avait engendrés.
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Certains racontent qu’elle pourrait réapparaître auprès d’esprits cupides, mais je n’y crois pas. Et vous ?

mercredi 12 mai 2010

La Dame d'or (2)

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Aurélien Despars, secrètement amoureux d’Héliodore, s’était promis de lui offrir un jour le voyage qu’elle souhaitait. Mais, étudiant comme elle à la faculté de lettres de Limoges, il ne possédait presque rien. Les maigres économies des deux jeunes gens servaient à financer quelques sorties et ils avaient bien besoin, pour leurs frais ordinaires, de leur bourse d’études et de la modeste somme que leur octroyaient leurs familles respectives afin de leur assurer un minimum décent. Aurélien s’était mis en quête d’un travail et donnait des leçons particulières à des lycéens qui avaient quelques lacunes à combler avant leurs examens. Cependant, l’augmentation relative de ses revenus ne suffisait encore pas à l’organisation d’un séjour de plusieurs semaines en Écosse.
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C’est pourquoi le jeune homme cherchait une autre solution. Il reprit espoir lorsqu’un de ses amis, celui-là même qui venait de lui parler au téléphone, l’avertit de la présence possible de la Dame d’or à Saint Yrieix La Perche. Aurélien Despars avait attendu toute l’année l’occasion de s’inscrire au championnat d’Europe d’orpaillage, événement qui réunissait des équipes internationales à la recherche des paillettes puis des pépites que les organisateurs de la manifestation avaient dissimulées dans les tas de sable qu’ils livraient à l’adresse fiévreuse des concurrents. Ceux-ci s’affrontaient lors d’une série d’épreuves dans une ambiance joyeuse où l’on rencontrait des personnages sympathiques pour lesquels la découverte de l’or représentait un prétexte au tourisme, un intérêt supplémentaire pour la géologie, l’histoire ou la poésie, une occasion de nouer des relations amicales. Chacun arrivait vêtu d’une tenue de style « western » : blue jeans, chemise à carreaux, chapeau d’aventurier de couleur kaki orné d’un ruban de cuir tressé à incrustation de coquillages ou d’épinglettes vieillies. De francs sourires animaient les visages détendus, arrondissaient les pommettes hâlées, modifiaient la courbe d’une paire de moustaches ou d’une longue barbe blanche digne de la ruée vers l’or. Les regards brillaient non de convoitise, mais du plaisir de participer ensemble à un rite amusant, un jeu auquel la concentration, l’adresse, la forme physique et surtout l’esprit d’équipe donnaient une saveur incomparable.
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Les compétitions avaient lieu principalement au Lac d’Arfeuille où quelques habitués avaient dressé d’immenses tipis plus confortables qu’on n’aurait pu l’imaginer, puisqu’un bon feu de bois brûlait à l’intérieur et qu’on pouvait se reposer sur des coussins ou des fourrures. Mais, au-delà de ce décor au charme folklorique, la pièce majeure de l’équipement de tout orpailleur était la batée. Il en existait de diverses sortes, chacun avait sa préférence et sa méthode. La batée traditionnelle, de forme conique, s’utilisait en imprimant un mouvement rotatif destiné à éliminer les éléments les plus légers pour découvrir, au centre, dans une langue de sable, les précieuses paillettes d’or. Les adeptes du « pan » américain agitaient cette cuvette à fond plat et large, d’abord d’un geste rapide de balancier vertical puis avec une rotation lente. On trouvait aussi la batée suédoise, plate, avec des gradins intérieurs. Un Italien acharné à remporter la victoire possédait sa propre batée, un instrument particulier à la pointe de la technologie moderne, réalisé à partir de matériaux composites étagés en gradins sur une hauteur de cinq centimètres seulement. Il réussissait, grâce à son invention, à se maintenir en tête du championnat.
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Aurélien Despars, lui, avait choisi de concourir à l’aide d’une simple batée traditionnelle. Ce qui l’intéressait surtout, c’était de trouver la Dame d’or. Il s’agissait d’une énorme pépite de forme anthropomorphique, de plus d’un kilogramme. Contrairement aux autres pépites, la Dame d’or tenait sa réputation de sa constitution extraordinaire d’or presque pur. Elle valait environ dix mille euros à la Bourse de Paris. Aurélien Despars s’imaginait en possession de cette fortune qui lui permettrait de réaliser ses projets d’escapade en compagnie d’Héliodore. De nombreuses légendes circulaient parmi les orpailleurs au sujet de la Dame d’or, encore appelée « la fée gaélique », « la danseuse dorée », « le soleil gaulois » ou, plus prosaïquement, « la pépite géante ». Son origine remontait à l’époque des Celtes. On prétendait qu’elle avait été découverte pour la première fois en Irlande, retrouvée plus tard en Écosse, un légionnaire romain l’aurait ensuite emportée à travers l’Europe et en Afrique, jusqu’à ce que sa réapparition probable en Limousin au début du vingtième siècle alimentât les conversations secrètes des initiés. On la chercha dans les failles des aurières, dans les mines du Bourneix, de Champvert, de Cheni, de Douillac, de Lauriéras, de Nouzilléras… En vain ! On reparla d’elle en Écosse. Comment y était-elle revenue ? Impossible de le deviner ! Toutes les assertions qui concernaient la Dame d’or devaient être acceptées comme des postulats. Une logique ordinaire ne saurait convenir aux phénomènes qui appartiennent aux mystères du temps.
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On racontait aussi que la Dame d’or possédait un funeste pouvoir : elle accordait la fortune à celui qui la trouvait mais, s’il s’avérait incapable de répondre à la question qu’elle lui posait, une tragédie survenait dans l’année. On n’en savait pas davantage, mais les différentes versions relatives à la pépite géante concordaient sur ce point. Aurélien Despars se demandait comment un morceau d’or pouvait dialoguer. L’imagination humaine, avide de fantastique, avait dû forger cette histoire absurde dans le but de décourager d’hypothétiques chercheurs. Aurélien ignorait encore que la vérité est toujours beaucoup plus complexe qu’on ne le soupçonne.
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Pour Béatrice : "La Dame d'or"

Avant de revenir à Marsac, je vous propose un petit détour en Limousin, à Saint-Yrieix-la Perche, où j'avais assisté en juillet 2002 à un championnat d'orpaillage. Ma visite sur les lieux m'avait inspiré cette nouvelle que je vous livre aujourd'hui, en espérant qu'elle vous distraira. Je vous demande toute votre indulgence car il s'agit d'un de mes premiers textes, je ne l'ai pas retouché et il est assez maladroit. Comme cette histoire est un peu longue, je vais la publier en trois épisodes. Voici le premier :
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LA DAME D’OR
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Aurélien Despars reposa en tremblant l’écouteur du téléphone. La nouvelle qu’on venait de lui apprendre, si elle se vérifiait, pouvait bouleverser sa vie.
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Le jeune homme habitait à Saint Yrieix La Perche, en Haute-Vienne, une maison ancienne à colombages dans le centre historique, tout près de la collégiale aux tours crénelées qui, telle une forteresse, dominait de son imposante majesté l’ensemble de la ville. Le climat était parfois rude aux alentours : en ce mercredi trois juillet, un imperméable chaudement doublé était nécessaire pour affronter le vent et la pluie. La campagne arédienne que le jour gris voilait d’un rideau de fines gouttelettes portait les signes d’une humidité qui rafraîchissait encore un air déjà froid. Les vaches rousses se blottissaient les unes contre les autres dans les champs qui coloraient d’un camaïeu de verts le paysage mouillé, les fougères hautes sur les talus déroulaient leurs hampes et s’étalaient le long des routes bordées de châtaigniers aux feuilles luisantes, les maisons aux toits pentus de tuiles plates témoignaient de la présence abondante de la neige en hiver et les pommiers du Limousin, couverts de filets pour les préserver de la gourmandise des oiseaux, préparaient lentement leurs fruits que l’altitude parerait d’une appétissante joue rouge. Par endroits, des tas de troncs d’arbres coupés, soigneusement entassés, rappelaient le désastre de la tempête du millénaire. Cependant, malgré son austérité apparente, la région se révélait accueillante envers ceux qui s’y étaient installés, comme Héliodore Mac Graham, la meilleure amie d’Aurélien Despars.
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Héliodore Mac Graham, née d’un père écossais et d’une mère française, avait vu le jour dans la demeure ancestrale de Lord Mac Graham. Situé près du Loch Abergarry, Dunmay Castle surplombait une colline rocheuse que de vastes terres continuaient jusqu’au village de Kilmar Rock qu’une rivière aurifère traversait, d’où le nom de Goldstone Bridge attribué au pont qui l’enjambait. Aucun touriste n’avait jamais osé s’aventurer dans cette région pourtant magnifique, sauf une photographe qui recherchait l’éclat particulier d’une lumière à laquelle la masse mouvante des nuées, la vivacité de l’air et l’intensité des couleurs d’une nature presque irréelle à force de beauté donnait une pureté quasi divine. L’artiste avait poussé l’audace jusqu’à demander l’autorisation de prendre des clichés à l’intérieur de Dunmay Castle et même de réaliser un portrait en pied de Lord Mac Graham en compagnie de son fils Malcolm, unique héritier du domaine. Pour l’occasion, les châtelains revêtirent leur habit traditionnel, dont le kilt était réalisé dans un tartan à la fière géométrie de lignes rouges et jaunes entrecroisées de vert et de bleu. Lord Mac Graham s’était volontiers prêté au jeu, plus désireux de se lier d’amitié avec une Française bavarde et entreprenante dont les manières polies mais extravagantes l’amusaient énormément, que de poser pour la postérité. Le vieil homme encourageait les discours de son invitée d’un sourire qui illuminait son visage à peine marqué malgré les ans. Sa dignité naturelle, sa gentillesse, le goût de l’étude semblaient avoir effacé les rides qui, d’habitude, sillonnent une peau de soixante-quinze ans. Aucune flétrissure ne ternissait l’éclat de son regard empreint de bienveillance et d’un brin d’espièglerie qui ajoutait au charme de sa présence.
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Malcolm Mac Graham ressemblait à son père, mais avec parfois, dans son regard, une ombre de tristesse que ne parvenait pas à dissimuler la courtoisie de ses manières. Il n’avait jamais oublié la mort de sa mère alors qu’il était adolescent. Un jour de la fin du mois d’octobre, Lady Mac Graham dirigeait sa barque sur le Loch Abergarry, comme elle aimait à le faire chaque fois qu’elle ressentait le besoin de s’isoler. Un vent d’une violence extrême, inhabituel et inexplicable dans cette contrée, avait soulevé la surface du lac et fait chavirer la frêle embarcation dont la passagère s’était noyée. La tempête calmée, on avait recherché en vain le corps de Lady Mac Graham. On chuchotait à Kilmar Rock qu’une justice transitoire avait frappé la jeune et belle châtelaine, car on la soupçonnait d’avoir accordé ses faveurs au fringant régisseur chargé de l’entretien du domaine, Kenneth Inverholm. Peu importait aux villageois que cette rumeur fût fondée ou non. Les commentaires allaient bon train. Ils meublaient ainsi une vie que beaucoup trouvaient trop rude et monotone. Le bruit s’était amplifié lorsqu’on avait découvert, quelques jours plus tard, le cadavre de Kenneth Inverholm pendu à un arbre au bord du Loch. Ces morts successives ne constituèrent pas le seul événement de la tragédie. En effet, chaque année à la même période, les imprudents qui sortaient entre minuit et l’aube pouvaient entendre des lamentations et apercevoir, éclairées de la lueur blafarde de la lune, Lady Mac Graham sur sa barque et, sur le rivage, une forme humaine qui ressemblait à s’y méprendre au défunt Kenneth Inverholm. Était-ce seulement le cortège des voiles de brume et des ombres de la nuit au-dessus de l’eau qui s’accordait au souffle du vent dans les branches et aux effets d’un bon whisky ou s’agissait-il vraiment des fantômes des deux amants supposés ? Nul n’aurait su le dire. Mais la légende perdurait en dépit du mépris que Lord Mac Graham affichait pour toute cette histoire. Le décès de son épouse l’avait bien trop affecté pour qu’il acceptât de prêter l’oreille aux sous-entendus sournois des âmes malveillantes de Kilmar Rock. Il finit par ne plus quitter Dunmay Castle, sinon pour se rendre à Édimbourg. Il délégua la responsabilité du domaine à son fils Malcolm dès que celui-ci fut en âge de l’assumer.
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Malcolm avait beaucoup souffert de la disparition de sa mère. La présence féminine de la photographe française dispersa pour un temps les ombres de son ressentiment envers une existence qui s’était révélée si ingrate envers lui. Mais les revanches qu’on prend sur le passé restent teintées d’amertume. Malcolm épousa assez vite la jeune artiste qui, hélas, mourut à la naissance d’Héliodore. Fou de douleur, le châtelain refusa de s’occuper de l’enfant que, dans son égarement, il rendait responsable du décès de sa femme. Il accompagna Héliodore lors d’un unique voyage en France pour la confier à des parents adoptifs. C’est ainsi qu’Héliodore Mac Graham fut élevée au Chalard, un village médiéval situé à six kilomètres environ de Saint Yrieix La Perche. En grandissant, Héliodore devint l’amie d’Aurélien Despars. Elle lui confia son désir de découvrir l’Écosse et de connaître ce passé qui, bien que l’ayant rejetée, l’intriguait. Elle ne possédait aucune photographie de sa mère. Les seuls souvenirs qui auraient pu l’aider à tisser le fil de son histoire personnelle se trouvaient à Dunmay Castle et au bord du Loch Abergarry. Elle rêvait de s’y rendre et, en même temps, redoutait ce périple, car il est toujours plus difficile d’affronter ses propres chimères que la réalité.

dimanche 9 mai 2010

Un peu de lecture (3)


Agathe-Sidonie Laborde, lectrice adjointe de la reine Marie-Antoinette, se souvient de trois jours - les 14, 15 et 16 juillet 1789 - au cours desquels le royaume de France va basculer vers sa chute inexorable.
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A travers les yeux de ce personnage, l'historienne Chantal Thomas restitue avec brio, dans son livre "Les adieux à la reine", les innombrables détails qui contribuaient à l'extrême raffinement de la vie de la Cour à Versailles, sans omettre les aspects d'une réalité plus triviale ni, surtout, l'état d'esprit qui régnait à la veille et au début de la Révolution.
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Ce livre m'a beaucoup plu. Je remercie vivement Linda, de Minemine et cie, qui me l'a fait découvrir, et je vous le recommande à mon tour.

vendredi 29 janvier 2010

Une femme à Venise (en écho à Danielle)


Simone de Beauvoir à Venise

« Nous arrivâmes à Venise, que nous voulions revoir. Nous y restâmes quatre ou cinq jours et nous décidâmes d’y passer, comme à Rome deux ans plus tôt, une nuit blanche. Pour couper les ponts, et par économie, nous avons réglé l’hôtel et libéré notre chambre : plus un coin à nous dans la ville. Nous avons traîné dans les cafés, jusqu’à leur fermeture ; nous nous sommes assis sur les marches de la place Saint-Marc ; nous avons marché le long des canaux. Tout se taisait ; sur les largo on entendait, à travers les fenêtres ouvertes, la respiration des dormeurs. Nous avons vu le ciel blanchir au-dessus des Fondamenta Nuove ; entre le quai et le cimetière, des barques, larges et plates, glissaient comme des ombres sur les eaux de la lagune ; à l’avant, des hommes godillaient ; de Murano, de Burano, des îles et de la côte, elles amenaient des cargaisons de légumes et de fruits. Nous sommes revenus vers le cœur de la ville ; dans les halles au bord du Grand Canal, le marché se mit peu à peu à vivre, dans la profusion des pastèques, des oranges, des poissons, tandis que le jour s’affirmait ; les cafés s’ouvrirent ; les rues se remplirent. Alors, nous allâmes prendre une chambre, et dormir. »

vendredi 22 janvier 2010

Un peu de lecture (2)


« Quitte Rome ou meurs », de Romain Sardou, m’a été offert à Noël. L’aspect de la couverture du livre m’a paru un peu accrocheur et m’a fait craindre un instant des facilités dans le texte. J’ai été ravie de me tromper !

Grâce au talent du jeune écrivain, ce roman épistolaire non seulement raconte Rome sous la domination de Néron, mais encore restitue, à travers la correspondance supposée entre Sénèque et un jeune patricien, Marcus Scaurus, les préceptes de philosophie que le premier était censé enseigner au second.

Rien de trop, rien qui manque, dans ce livre au style inspiré du latin, aux devises aussi lapidaires que profondes et à l’étonnante fraîcheur que la sobriété exalte.

Je l’ai bien aimé, je vous le recommande et j’espère que vous l’apprécierez aussi.

samedi 16 janvier 2010

Encore un livre ?




Oui, encore un livre sur Venise, mais une Venise improbable avec des images originales et un texte plein de charme.

mercredi 13 janvier 2010

Un peu de lecture


Jean-Luc Nancy, l’auteur de l’ouvrage de philosophie « Le plaisir au dessin », s’attache à expliquer ce que peut être un dessin au-delà d’une simple et fidèle représentation du réel, autrement dit il s’intéresse au dessein qui se forme en l’artiste. Il entend le dessin en termes d’ouverture et de départ – ce que j’appellerais une mise en état de première fois – et il lui reconnaît une existence à part entière.

L’auteur réfléchit également au concept de plaisir dans l’art en retraçant l’évolution de sa définition telle que divers savants ont tenté de la cerner. Pour autant, il ne se retranche pas derrière leurs paroles : il les cite, développe leurs propos et en même temps présente une approche personnelle.

A la fin de chaque chapitre, un « carnet de croquis » regroupe des citations d’artistes, plus rarement de philosophes, qui soulignent et enrichissent encore les idées retenues.
Quelques reproductions habilement choisies de dessins contemporains émaillent l’ensemble du texte.

J’ai bien aimé ce livre. Les lecteurs qui pourraient s’interroger sur la mutation incessante des concepts évoqués et sur la difficulté de parler de l’art sans en omettre un seul aspect reconnaîtront là un travail bien mené et une réflexion approfondie.

Il ne s’agit pas d’un ouvrage de vulgarisation. Lorsque l’auteur emploie le vocabulaire de la philosophie, c’est dans le désir d’une plus grande précision de sa pensée, pas dans celui d’orner son discours ou de le rendre pompeux.

La compréhension dont il fait preuve me laisse imaginer qu’il a dû lui-même dessiner. En tout cas, à défaut de le savoir, je l’espère.

samedi 2 janvier 2010

Comment je choisis un livre

Voici comment je choisis un livre qui m’est « inconnu » – j’entends par là un livre dont j’ignore l’auteur et dont je ne sais rien – lorsque j’ai épuisé la liste des ouvrages qui m’ont été offerts ou recommandés.

Tout d’abord, je regarde la première de couverture et je lis le titre. J’aime que ce dernier soit « ouvert », autrement dit qu’il ne résume pas le livre à lui tout seul mais qu’il interroge, qu’il laisse un doute, une ambiguïté.

Lorsque c’est le cas, je saisis le livre et je lis la quatrième de couverture. La notice biographique concernant l’écrivain m’indiffère : je la consulte éventuellement plus tard, lorsque j’ai fini ma lecture et que le livre m’a plu. Je passe donc au paragraphe censé inviter à lire l’ouvrage. Dès les premiers mots, bien souvent, je repose le livre sur son étagère. Pourquoi ? Parce que le sujet est trop clairement annoncé, la formulation des phrases cherche à pousser le livre à son avantage auprès de lecteurs dont l’éditeur a présupposé les goûts et les attentes et s’est évidemment trompé, du moins dans mon cas. Certains résumés cependant, plutôt vagues ou proposant seulement un court extrait du livre, me donnent envie d’en savoir davantage.

Alors, j’ouvre le livre. Jamais à la première page ! Je sais que le début est soigneusement calculé pour retenir l’intérêt des lecteurs. Serait-ce sur le conseil des éditeurs ? S’agit-il d’une autre influence ? Certains auteurs abusent des entrées à caractère cinématographique et je trouve un peu dommage de réduire la littérature, même dans une introduction, à cet aspect. Il m’est aussi parfois arrivé de devoir persister jusqu’à la cinquantième page avant de trouver le rythme profond du texte, celui qui se confirmera parfois au fil des œuvres jusqu’à la plénitude et l’affirmation d’un style. Donc, j’ouvre le livre en son milieu et j’en lis deux pages en me laissant imprégner du souffle qui le traverse. Lorsqu’il m’atteint, je le sais et j’achète le livre. C’est la dernière barrière et la plus difficile à franchir. Parfois, j’hésite. Quelque chose me retient entre l’acceptation et le rejet. Je lis d’autres pages, prises au hasard. L’abondance de dialogues me fait fuir. En revanche, si je sens une écriture plutôt resserrée, dans laquelle les tensions témoignent d’une rigueur de la pensée et les relâchements sont choisis pour équilibrer le texte en l’amenant vers sa poésie, alors le livre a ma faveur.

Après vous avoir exposé ma méthode de sélection, j’aimerais, si vous n’y voyez pas d’inconvénient, connaître la vôtre. A l’avance, je vous remercie de vos réponses.