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mardi 23 juin 2009

Pour Totirakapon

Voici un extrait de "Bagages pour Vancouver", de Michel Déon :
"L'excitation que provoque une gare n'est sans doute pas une pure invention dalinienne. Il faut noter avec quelle précaution Dali a presque toujours évité de mentionner Chirico, et pourtant si Dali est ce qu'il est, c'est un peu grâce à la peinture métaphysique de l'Italien, mystérieuse éclosion qui dura jusqu'au début des annnées 20, avant de s'épuiser dans un néoclassicisme étrangement plat. Mais l'Italien a une particularité qui n'a pas pu échapper à l'Espagnol : parce que son père avait été ingénieur des chemins de fer, qu'il avait vécu son enfance en Grèce, à Volos où le train coupe la ville en deux, Giorgio de Chirico a, dans de nombreuses oeuvres, glissé des trains que tire une petite locomotive à la grosse cheminée américaine dite "diamond", en forme de cône renversé, crachant une boule de fumée blanche."
Dans le même livre, on peut lire aussi cette phrase magnifique :
"L'imagination berce les souvenirs et, si nous n'avions pas de témoins, les plaisirs de la vie et les rêves se mêleraient si fort que nous ne prendrions même plus la peine de les séparer."

4 commentaires:

Les Idées Heureuses a dit…

Quelle jolie citation!
C'est tout un art que de mettre en page de si belles phrases, on se délecte à les lire à haute voix, en suivant la ponctuation, cela dévoile la sensibilité de l'écrivain.

Jean a dit…

Bien qu'adorant la peinture , je n'aime pas beaucoup ni Chirico ni Dali .
Je ressens fortement , peut être à tort , que Dali ne respecte rien , même pas les spectateurs de ses oeuvres .
J'ai été particulièrement choqué par la photographie aux multiples essais d'un chat plongé dans l'eau d'un aquarium et éjecté brutalement avec cette eau .
Quelle émotion pure , esthétique , étique , peut ressentir cet homme , qui , par ailleurs , plongeait des fauteuils dans le goudron avant de les jeter par la fenêtre en les baptisant oeuvres d'art ?

D'autre part , je vous demande de m'excuser d'être encore une fois un peu en désaccord , mais je ne comprends pas cette phrase :

"...si nous n'avions pas de témoins, les plaisirs de la vie et les rêves se mêleraient si fort que nous ne prendrions même plus la peine de les séparer."

Existe-t-il une vraie frontière entre les plaisirs de la vie et les rêves ?
Sommes nous réellement capables de ressentir un plaisir de la vie quelconque sans une association plus ou moins inconsciente avec une référence du passé , à notre éducation dans une société donnée à un moment donné ?

Si je prends par exemple le plaisir très naturel de manger , comment se fait-il que les Mongols ou les Tibétains se régalent de beurre pimenté de bouse de yack ou de concombres locaux extrêmement amers alors que les visiteurs européens ne peuvent goûter à ces mets ?
Le plaisir de la vie est lié à notre culture , à notre imagination , à nos rêves , même si on ne s'en rend pas compte .

Je suis honteux d'aller deux fois à contre courant de vos idées , vous êtes si généreuse avec moi , je vous en demande pardon .

Le soleil revient ces jours ci , je vous souhaite d'en profiter selon tous vos souhaits .

totirakapon a dit…

Nous voilà donc, avec deux gares, centres du monde en France !
Nous sommes mal partis !
Merci pour ce clin d'oeil...

Anne a dit…

Jean, vous n'avez nullement à vous excuser! Vous exprimez avec franchise votre avis, vous argumentez, je ne peux que vous féliciter de cette attitude. Je suis ravie si mes publications donnent à débattre. C'est justement ce qui est intéressant, cet échange d'idées! N'hésitez donc pas à vous exprimer: je vous lirai toujours avec un grand intérêt.
Bonne fin d'après-midi!
Anne