Pourquoi, de temps en temps, ne pas céder au désir d'évoquer un objet de la vie quotidienne qui nous oblige souvent à choisir entre confort et élégance ? Je veux parler des chaussures. Sur son blog
"Ma Venise", Maïté nous en montre un modèle artistique (les "pointes" de la danseuse) et
Gwendoline, sur son blog "
Gwendoline", réussit à nous prouver qu'il est possible de concilier charme et vie active.
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Une anecdote pour commencer ! Cet été, sur le vaporetto, j'aperçus une jeune fille accompagnée de sa mère. Habillées avec sobriété, elles portaient chacune, outre leur sac à main, un sac en papier glacé épais dont je repérai immédiatement la provenance, puisqu'il s'agissait d'un de mes magasins préférés à Venise, bien que je sache parfaitement que je n'aurai jamais les moyens d'en devenir cliente. Le fameux sac était rouge avec un dessin et des lettres dorées : une sandale à lanière en spirale surmontait le nom du créateur René Caovilla, dont j'admire le talent et dont je suis sûre que vous avez déjà regardé la boutique à Venise, derrière le musée Correr. Une tapisserie et une lampe ancienne ornent le mur de droite et, parfois, les chaussures sont présentées sur de charmants petits tabourets bas à piétement or et coussin de velours rouge.
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Voici de quoi vous donner une idée :
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Si vous le voulez bien, terminons cette publication avec des extraits d'un texte d'Italo Calvino :
"Si l'on veut se rendre bien compte de la façon dont est faite la chaussure, il sied que le regard porte à partir du niveau du sol : le motif de sa forme (cause et finalité) tient dans la nécessité de poser sur ce sol le talon et le bout et, en même temps, de s'en élever, de s'en détacher, de s'opposer à tout ce qui se trouve en bas de poussiéreux, de boueux, de chu ; il s'ensuit que la ligne élancée, la surface étincelante, la consistance légère sont pour elle des qualités non pas accessoires mais tout à fait essentielles. [...] Cela dit, nous pouvons par ailleurs nous livrer à l'admiration que mérite le talon : merveille de stablilité et de modulation de lignes, il élève au-dessus du sol un fût mince qui se dilate en montant et, en même temps, se penche vers l'arrière ; ses nervures divergent et se cabrent légèrement, avec la souplesse d'un palmier courbé par le vent et la gracilité du pied d'un calice qui soutient la coupe arrondie ou du bastingage à la poupe d'un haut navire. En surface, le talon, s'il est brillant, est étayé par les reflets verticaux qui en accentuent la hauteur ; intérieurement, par son tempérament impérieux et chatouilleux, prêt à fouler de tout son poids l'aire exiguë sur laquelle il se pose, mais avec la légèreté et la cruauté rapide et indifférente de l'aiguillon d'un insecte ou du bec d'un oiseau. [...] De là-bas, tout au bout, la chaussure regarde toujours vers le haut. Qu'espère-t-elle donc voir ? Point le dessus, mais le dessous: de l'Olympe céleste des déesses, les mystères qui apparaissent à la manière d'éclairs dans l'ombre d'un perspective retournée, le talon de Vénus, la malléole de Diane, le genou de Junon."